Les anatomies de l’âme et les courbes des corps d’Adèle Vergé

Sculptures en bronze d'Adèle Vergé - Travail en atelier
Noyé au milieu d’une rangée de maisons et de végétation, le 29 de la rue des Mimosas abrite la demeure et l’atelier d’Adèle Vergé.
C’est là que se construit une oeuvre généreuse et unique, que s’épanouit tout un peuple silencieux d’êtres de terre, de pierre et de bois que l’on retrouve un peu partout dans la maison et le jardin, marquant le territoire de l’artiste, l’accompagnant dans sa création.
 
Une femme libre. On le ressent dès le premier regard, direct, serein avec cette distance un peu altière et une tendresse amusée.
Catalane d’origine, née à Sète, Adèle Vergé a passé une quarantaine d’années à Paris où elle exerça diverses professions: script-girl, assistante du cinéaste Jacques Baratier, agent immobilier, psychothérapeute, abordant aussi la photographie, l’écriture, la danse et le chant, tout en nourrissant sa passion pour l’art, allant de musées en expositions, animée d’une insatiable curiosité pour le monde. Mais aucun désir de faire, aucune envie de se confronter à la création. « Je faisais autre chose. »

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Pourtant lorsqu’elle avait dix-neuf ans, elle avait fait une année à l’école de Beaux-arts de Perpignan, obtenant un prix pour son travail de céramique.

C’est à l’âge de soixante ans, à la fin d’une analyse ayant duré douze ans, « c’est ça qui m’a ouvert à la création » qu’Adèle Vergé commence la sculpture, « je n’ai pas arrêté depuis, une envie incroyable dont je ne m’étais pas aperçue. »

Une constante: la beauté. Non pas la recherche d’une esthétique, mais un bel équilibre des proportions et des masses, une harmonie des formes, une plénitude de la pose, « Avec la terre, le geste est presque naturel. Ce n’est pas que joli, il y a de l’amour et de la tendresse. »

Adèle Vergé n’a pas de référence même si elle admire Marino Marini, Constantin Brancusi ou Alberto Giacometti et n’éprouve aucun intérêt pour Rodin, Claudel ou Maillol, elle commence une pièce sans dessin préparatoire et sans complexe.

 
 
 
 
 
 
 
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Fascinée depuis très longtemps par l’art africain, la série des Quasi Dogon naît comme par hasard, de la terre tendre. « Il ne m’était jamais venu à l’idée de faire de l’art africain; j’ai horreur des calculs dans tous les sens du terme. »
Alors, Adèle Vergé continue de créer, passant de la figuration exigeante à une stylisation proche de l’abstraction, déclinant les étapes du processus en de superbes variations.
La femme et la créatrice ne font qu’un, l’oeuvre est à l’image du sculpteur, et c’est bien cela qui fait d’Adèle Vergé une grande artiste.

Une série de « quasi-Dogons »… où Adèle Vergé s’est approprié tout le primitif de l’art africain sans perdre une once de son intégrité d’artiste.

La statuaire d’une artiste aux inspirations charnelles.
Une sculpture d’Adèle Vergé n’est pas une simple anatomie, ni la reproduction d’un modèle, c’est la palpitation même de la chair sur laquelle la tendresse, l’amour, la sensualité du regard se sont posés.
Adèle Vergé, lorsqu’elle sculpte, est dans un rapport charnel avec son modèle, la beauté qu’elle fixe dans la matière est celle qu’elle devine, quelle soupçonne, qu’elle magnifie. Elle touche aux secrets de l’âme avec gourmandise, on pourrait presque dire avec volupté.
Même dans la série « africaine », Adèle Vergé invente une bonté, une sorte de compassion amoureuse qui donne à ses personnages une mystérieuse humanité qui nous est proche.
Couple enlacé, maternité, femmes ou hommes, la nudité est là afin d’aller à l’essentiel et de trouver la force intérieure, la petite vibration, la grâce.
Chaque oeuvre est un rendez-vous avec l’émotion que cette artiste libre, généreuse, sincère et intègre nous tend comme un cadeau de la vie.

Jean-Michel Collet
l’Indépendant – Perpignan
19 Septembre 2003