Adèle Vergé s’expose à Sant Vicens

Elle est roussillonnaise. Donc catalane. Et pour cela extravertie, obstinée, se souciant peu, par delà sa culture, des courants. Suivant sa pente, comme d’instinct, et disant son coeur, son ventre, avant de songer aux écoles, aux classements, aux gloses des beaux esprits.
 
A l’origine, il y a le bloc, le plein, l’indistinct géométrique, la matière pesante et élémentaire, et puis voilà que la chirurgie sensible du creux modeste, de la faille dominée, du sillon esquissé, donne à la terre silencieuse, au bois sans message, tout le poids nouveau, beau comme un printemps du monde, déferlant comme l’amour, lourd comme une promesse tenue au nom de la conservation de l’espèce, de nos appétits, de nos nostalgies ensuées et de notre volupté refoulée.
 
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… Ses couples, traités en terre, en bois ou en pierre synthétique, ne sont que la modulation infime et pourtant éloquente d’opus de matière presque ronds comme une boule ou un boulet de canon….
 
Couples enlacés, arc-boutés au sol dans la messe des sexualités et des tendresses les plus extrêmes pourtant les moins scabreuses. Une sorte de sensualité sereine habite ces pièces serrées comme un poing qui savent si bien chanter la passion quand celle-ci est arrêtée au point fixe qui précède l’explosion physique et mentale.

Jean Thierry
Midi Libre – Montpellier
Octobre 1990