Mes techniques
Des sculpteurs débutants me demandent souvent quelles sont mes méthodes de travail et quel but je poursuis.
 
Les méthodes, je les ai forgées moi-même après les premières bases acquises au cours du soir de Pascale Aghilon aux beaux-arts de Perpignan (où, fort heureusement, nous avons toujours eu un modèle vivant !) Qu’elle soit ici remerciée pour sa patience et sa grande compétence.
 
Pendant de longues années (j’ai commencé à soixante ans et j’en ai quatre-vingt-trois), je n’ai utilisé que la terre (c’est d’ailleurs resté un de mes matériaux de prédilection).
 
Sans m’être posé la question, j’ai commencé instinctivement par tailler dans le bloc de glaise. C’est-à-dire: enlever de la matière au lieu d’en rajouter comme on nous l’enseigne dans tous les ateliers de modelage. Je ne sais pas si c’est mieux ou plus mal; c’est ce que je fais (aux antipodes de la méthode de la boulette).
 
Même pour les grandes réalisations en plâtre ou béton cellulaire ou polystyrène extrudé, je commence toujours par une maquette en terre. C’est plus facile, après, de multiplier les dimensions jusqu’à l’obtention de la grandeur souhaitée.
 
Pour les quelques conseils que je pourrais donner personnellement, voici ce qui me parait essentiel : c’est de bien regarder son travail sous tous les angles (y compris dessous si vous sculptez une boule!).
Sculpture bronze Adèle Vergé - Maillet retouche
Pour ce faire:

  • S’éloigner suffisamment de l’ouvrage et tourner très lentement autour
  • Monter sur un tabouret ou une échelle pour le voir de dessus
  • Fixer un miroir derrière la sculpture en cours afin de ne pas perdre de vue ses trois dimensions.

Je suis persuadée qu’il est indispensable de travailler à partir d’un modèle vivant ; c’est la clef. ! Si vous ne pouvez pas aller dans un atelier et si vous ne pouvez pas demander à votre sœur, votre mari ou votre mère de poser pour vous, photographiez-les en tournant tout autour à la «même» distance (dans une grande pièce, ou sur une plage).
 
En ce qui concerne le but, je n’en ai jamais eu de conscient. C’est après l’avoir fait (et quelquefois longtemps après) que je comprends ce que j’ai voulu faire.
 
J’ose ici suivre (de très, très loin!) mon grand maitre Giacometti qui disait:
« Je ne sais ce que je vois qu’en travaillant »
 
Je dois aussi à la vérité d’ajouter que si je n’avais pas fait une longue psychanalyse il est fort probable que je ne saurais toujours pas  de quoi je suis partie et vers quoi je tends. Mais est-ce bien nécessaire ?
 
Je répondrai que pour moi, oui, c’est primordial, mais après tout, je constate que beaucoup de personnes qui apprécient mes sculptures ne s’intéressent pas toujours à la question de savoir d’où ces sculptures viennent  et où elles vont.  Pour moi, si  elles se contentent de les regarder et de les toucher, c’est déjà beaucoup!